Dans cette performance, mes mains, couvertes de poudre argentée, se déplacent lentement devant mon visage.

Par superposition, effacement et répétition, des formes apparaissent, se transforment et disparaissent.

Selon la sensibilité de chacun, elles peuvent évoquer des archétypes ou des visages mythiques : Salomon, Shiva, le pharaon, des sorciers, des chamans ou des rois, la Statue de la Liberté, ou encore certaines icônes issues de l’imagerie religieuse comme le Christ ou la Vierge.

Ces apparitions renvoient à une multitude d’images de puissance sacralisées par les cultures. La matière argentée et dorée capte la lumière et confère aux gestes une qualité précieuse qui évoque les surfaces sacrées de nombreuses traditions visuelles : icônes, statues, reliquaires ou parures rituelles. Les mains deviennent alors des fragments lumineux qui composent, autour du visage, une succession d’images possibles, offertes à la reconnaissance du regard.

Après cette traversée de formes symboliques associées à différentes représentations de la puissance, le regard revient vers le visage immobile, dépouillé de toute projection. La présence simple du visage réapparaît. Les images sacralisées par la culture se dissolvent. La performance suggère alors que ces figures de pouvoir ne sont peut-être que des constructions de la perception, et que la source de cette puissance peut aussi être reconnue dans la présence intérieure de chacun, comme une force intrinsèque à développer.

Cette révélation émerge du processus perceptif lui-même. La performance ne cherche pas à installer ces images dans une autorité ou une hiérarchie : leur apparition dépend du regard de chacun et de son imaginaire culturel. Elles naissent, se recomposent et se dissolvent dans le mouvement. Ce qui se donne alors à voir n’est pas une série d’images fixes, mais le processus même par lequel elles se forment — un jeu de gestes, de lumière et de superpositions qui rend perceptible la manière dont l’esprit construit et défait les figures.

Mon visage demeure immobile, présenté de face, tandis que les mains se déplacent lentement devant lui. Le mouvement est volontairement ralenti et répété, de sorte que la trace des gestes persiste brièvement dans l’image. Par superposition et effacement progressif, les mains semblent se multiplier autour du visage, produisant un effet proche de la chronophotographie, ces décompositions du mouvement explorées à la fin du XIXᵉ siècle par Étienne-Jules Marey, où le déplacement du corps devient visible à travers les traces successives du geste.

Cette superposition transforme les gestes en une matière visuelle mouvante. Les mains dessinent des configurations qui se composent et se recomposent dans le temps, laissant apparaître des formes fugitives. Des visages semblent alors émerger, se transformer puis disparaître.

Ils ne sont jamais explicitement représentés. Ils apparaissent par la rencontre entre les gestes, la lumière et l’activité perceptive du regard. Les mains agissent comme des fragments visuels qui, en se superposant, permettent au cerveau de recomposer des visages possibles. L’image devient ainsi un espace de projection où la perception assemble des formes à partir d’indices partiels.

Le rythme lent et répétitif de la gestuelle installe une temporalité particulière. À mesure que l’attention se stabilise, certaines formes deviennent perceptibles puis disparaissent presque aussitôt. Le regard oscille entre reconnaissance et dissolution, révélant le processus même par lequel l’esprit projette des images à partir de fragments.

La poudre argentée accentue ce phénomène. En captant la lumière, elle transforme les mains en surfaces réfléchissantes qui composent des contours éphémères autour du visage. Le mouvement produit ainsi une matière lumineuse instable où les formes apparaissent et disparaissent continuellement.

Photographies extraites de la performance vidéo : Figures