Cette performance explore la capacité du geste à ouvrir des perceptions intérieures.

Elle repose sur une gestuelle lente, continue et précise, organisée autour d’un point focal qui stabilise progressivement le regard.

Le spectateur est invité à focaliser le point frontal tout en maintenant une perception élargie du champ visuel autour. Dans cette double attention, le mouvement se déploie dans une temporalité étirée qui modifie la qualité d’attention : la perception cesse d’anticiper et s’installe dans une durée contemplative, où des formes mouvantes peuvent apparaître dans l’espace perceptif, donnant parfois l’impression que le geste rayonne ou se déploie au-delà du corps.

La composition visuelle s’organise ici autour d’un axe central qui structure l’espace de la performance.

Le corps s’inscrit dans cette verticalité et le visage demeure toujours immobile, présenté de face.

Les gestes se déploient autour de cet axe, dessinant des configurations simples et lisibles qui orientent naturellement l’attention. Sans être explicitement nommées, certaines formes évoquent un sommet, une convergence, un centre. Cette organisation donne au corps une présence presque architecturale dans l’espace et stabilise le regard du spectateur.

Le dispositif visuel évoque également une forme de chronophotographie : le déplacement du corps dans l’espace devient perceptible par la lumière. La trace du mouvement persiste brièvement et se superpose au geste en cours, produisant un effet d’écho ou de traînée. Le geste semble alors se multiplier, comme s’il déposait dans l’espace plusieurs états successifs du mouvement. Cette superposition transforme progressivement le geste en forme perceptive autonome. Des figures mouvantes apparaissent dans le champ visuel, donnant parfois l’impression d’une vibration ou d’un rayonnement, comme si une géométrie se construisait dans le temps.

Cette séquence est dominée par des tonalités bleu-cyan, proches d’un bleu azur, qui instaurent une atmosphère particulière. Cette dominante chromatique crée une sensation de profondeur et produit un refroidissement perceptif qui détache certaines zones du corps. Le visage et les mains apparaissent alors comme des points lumineux dans l’image, autour desquels l’attention peut se fixer. La lumière confère à l’ensemble une qualité presque éthérée, parfois proche d’une présence holographique, où le corps semble osciller entre apparition et disparition, présence et absence.

Le visage demeure immobile, les yeux ouverts ou fermés selon les moments, parfois perçus comme superposés dans le mouvement. Cette ambiguïté introduit une perception singulière : voir les yeux fermés ou percevoir comme au-delà du visible immédiat. Tandis que les gestes se déploient lentement, cette immobilité du visage crée une tension entre l’activité du corps et une présence intérieure plus silencieuse. La perception du spectateur oscille alors entre l’observation du geste et une projection intérieure.

Dans cette configuration scénique, mon corps dialogue avec des projections lumineuses sur un fond clair qui agit comme une surface de résonance visuelle. Les gestes s’y détachent avec netteté et leurs prolongements lumineux rendent perceptible la continuité du mouvement. Les trajectoires deviennent visibles dans leur déploiement, laissant apparaître des formes mouvantes qui se composent et se transforment au fil du geste.

Chaque geste s’inscrit dans une interaction entre lumière, son et vibration. Ma voix et mon souffle prolongent la gestuelle et introduisent une dimension respiratoire qui accompagne l’attention du spectateur. Le mouvement du corps, les pulsations lumineuses et les modulations sonores composent un champ sensoriel dans lequel les différents éléments se répondent.

Les costumes, conçus en collaboration avec la couturière Bettina Amstutz, ayant travaillé aux côtés de créateurs tels que Jean-Paul Gaultier, participent également à cette dynamique visuelle. Par leurs textures, leurs reflets et leurs volumes, ils prolongent la gestuelle et accentuent la présence du corps dans l’espace lumineux.

Dans cette expérience, ce qui agit le plus n’est pas seulement le mouvement lui-même, mais la trace qu’il laisse dans la perception. Le geste devient ainsi une forme perceptive autonome qui se construit dans la durée et peut prendre une dimension presque énergétique, comme un rayonnement subtil issu du mouvement.

Ainsi, par le jeu des perceptions et des matières invisibles, ces performances explorent l’impact du geste dans un univers sensoriel où le visible et l’impalpable se rencontrent.